Toits traditionnels bretons 


Autre surprise, lors de notre découverte du « bâti ancien » de Bretagne : les toits de nos chapelles, manoirs et autres édifices anciens du Trégor. Nos toitures traditionnelles étaient faites d’ardoises épaisses de 0.5 cm à 1 cm environ, véritables lauzes. 






L’ardoise 

« Plus que le marbre dur, me plaît l'ardoise fine » : extrait du poème publié en 1558 Heureux qui comme Ulysse, de Joachim du Bellay. 


L'ardoise est une pierre métamorphique présente en grande quantité dans certaines régions de Bretagne. L'ardoise de Bretagne est particulièrement appréciée à cause de sa faible teneur en pyrite qui diminue grandement son oxydation. Elle sert depuis fort longtemps à couvrir les toitures d'habitations et de bâtiments prestigieux, comme la Sorbonne et la Chapelle des Invalides à Paris, ou le Parlement de Bretagne. Au début du 20e siècle, la Bretagne connaissait une très forte activité économique avec ses ardoisières, où des centaines d'ouvriers venaient quotidiennement y extraire la fameuse pierre, notamment dans les ardoisières de Maël-Carhaix ou Plevin en Côtes d’ Armor.

D’autres carrières étaient très prisées telles celles de Commana, Sizun, Chateaulin ou Saint-Goazec en Finistère, ou Gourin dans le Morbihan. 


Les carrières des monts d’Arrée s’étendaient entre Plounéour-Ménez et Saint-Éloy mais, désormais, seules celle de Commana et celle de Sizun sont exploitées. Le matériau est extrait par de petites entreprises familiales et l’activité n’a pu être industrialisée. Il s’agit de schiste et de quartzite de Plougastel, une roche plus dure que l’ardoise d’Angers. Cette carrière a subi, depuis l’époque briovérienne, de nombreux plissements. La roche est façonnée en ardoises épaisses, quernées selon des tailles – ou pureaux – décroissantes.


La carrière d'ardoise à Saint-Cadou se situe sur le versant nord des monts d'Arrée. Ce versant est le siège de nombreuses carrières d'exploitation d'une ardoise très dure, qui sert de toiture et remplace le genêt sur les maisons les plus riches. Un grand nombre de ces exploitations disparaissent au XIXe siècle. La carrière de Saint-Cadou a fourni le matériau nécessaire à la restauration des monuments historiques tels que la cathédrale Saint-Corentin à Quimper ou le château de Suscinio dans le Morbihan.


Les pureaux décroissants 

Ces couvertures traditionnelles étaient à pureau décroissant comme il est encore d'usage en Bretagne. Rappelons que le pureau est la partie visible des éléments d'une couverture en ardoise.


« A pureau décroissant » signifie que les ardoises de faîtage étaient plus petites, plus fines et moins solides que celles du bas de pente. Cette pente était raide pour évacuer rapidement les eaux de pluie et la neige. Tous ces toits avaient une rupture de pente ou coyau dans la partie basse afin d'évacuer encore plus rapidement la pluie. Ces couvertures en ardoises étaient réputées de longue durée de vie (quelques centaines d’années), leur très faible porosité leur conférant une résistance au gel élevée. La source de dégradation la plus courante est liée à la présence de pyrites FeS2. Ces pyrites sont réputées dangereuses lorsqu’elles sont traversantes puisque leur contact avec l’humidité va conduire à la formation de rouille mais aussi de sulfates solubles qui vont être lessivés progressivement. Au contraire, les pyrites non traversantes ne sont pas en contact avec l’eau si elles ne sont pas en surface et ne sont donc pas altérées. 

La couverture traditionnelle d’ardoises peut être décrite comme suit : 
  • Ardoises grises épaisses (épaisseur supérieure à 10 mm) provenant probablement des carrières bretonnes du centre Bretagne, comme Comana, Plévin, Maël Carhaix ou Sizun 
  • Pose à pureau décroissant (c’est-à-dire que les ardoises sont très grandes en pied de pente et de plus en plus petites à mesure que l’on monte vers le faîtage) 
  • Pose au clou 
  • Faîtages en terre cuite scellés au mortier 
  • Arêtiers fermés 
  • Noues rondes en ardoises 
  • Lucarnes à fronton granit, rampants et jouées en ardoises. 
Dans les toits plus récents, l'ardoise est plus fine et plus régulière et elle est fixée au crochet.


Enfin, dernier point digne d’intérêt, les épis de faîtage sur nos toitures, qui feront l’objet d’un prochain article…



Brigitte Schadeck




les moulins de Pontrieux